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Les règles originales d'Alexander Cartwright (1845)

Kévin · 0

Le 23 septembre 1845, les membres du Knickerbocker Base Ball Club de New York adoptent un document de 20 règles qui va transformer un jeu informel en un sport structuré. Rédigées principalement par Alexander Cartwright, William Wheaton et William Tucker, ces règles — connues sous le nom de règles Knickerbocker — sont le plus ancien texte réglementaire à partir duquel le baseball moderne a évolué.

Elles ne sont pas sorties de nulle part. Les historiens ont montré que la plupart de ces règles existaient déjà sous diverses formes dans les variantes du town ball pratiquées à New York. Mais c'est leur mise par écrit et leur adoption formelle par un club organisé qui a tout changé : pour la première fois, deux équipes pouvaient se rencontrer en suivant les mêmes règles.

Les règles qui ont survécu

Plusieurs principes établis en 1845 sont toujours en vigueur aujourd'hui, pratiquement inchangés.

Trois retraits, changement de côté

La règle la plus fondamentale : chaque équipe dispose de trois retraits par tour de frappe avant de céder le bâton à l'adversaire. Dans d'autres variantes du town ball, tous les frappeurs devaient être retirés avant le changement — ce qui pouvait prendre un temps considérable. La règle des trois retraits a accéléré le rythme du jeu et en a fait un sport plus dynamique.

Le tag plutôt que le soaking

C'est peut-être le changement le plus significatif par rapport au town ball et au rounders. Dans les jeux anciens, un défenseur éliminait un coureur en lui lançant la balle dessus (soaking). Les règles Knickerbocker ont interdit cette pratique : pour retirer un coureur, il fallait désormais le toucher avec la balle en main ou toucher la base sur un jeu forcé.

Cette innovation a eu un effet en cascade. Sans le soaking, la balle pouvait être plus dure, ce qui permettait de la frapper plus loin et de jouer sur un terrain plus grand. Le jeu est devenu plus athlétique et moins brutal.

L'ordre de frappe fixe

Les frappeurs devaient se présenter au marbre dans un ordre déterminé à l'avance et ne pouvaient pas changer de position. Cette règle, encore en vigueur aujourd'hui, a introduit une dimension stratégique dans la composition de l'alignement.

Le territoire fair et foul

Les règles Knickerbocker ont établi la distinction entre le territoire fair (entre les lignes) et le territoire foul (à l'extérieur). Dans la plupart des variantes du town ball, toute balle frappée était en jeu, quelle que soit sa direction. La création du territoire foul a structuré le terrain et concentré l'action dans une zone définie.

La présence d'un arbitre

Pour la première fois, un arbitre était désigné pour chaque match, chargé de noter les infractions et de trancher les litiges. Les règles précisaient que le président du club (ou le vice-président en son absence) nommait l'arbitre avant chaque rencontre.

Le balk et le troisième strike échappé

De manière surprenante, la notion de balk (mouvement illégal du lanceur) et la règle du troisième strike échappé figurent déjà dans les règles de 1845 — bien avant que ces situations ne deviennent des enjeux stratégiques majeurs.

Les règles qui ont disparu

21 points pour gagner

La durée du match n'était pas fixée en manches mais en points (appelés « aces » dans le jargon de l'époque, emprunté aux cartes à jouer). La première équipe à atteindre 21 points remportait le match, à condition que les deux équipes aient eu le même nombre de tours de frappe. Un match pouvait donc durer 3 manches comme 15, selon la qualité de l'attaque.

Ce n'est qu'en 1857, lors d'une convention réunissant 17 clubs, que le match a été fixé à 9 manches — la norme toujours en vigueur.

Le lancer à la cuillère

La règle stipulait que la balle devait être « pitched, not thrown » — lancée par en dessous, comme on lance un fer à cheval, pas lancée par-dessus l'épaule. Le rôle du lanceur était de mettre la balle en jeu, pas de dominer le frappeur. Le lancer par-dessus le bras n'a été autorisé qu'en 1884, transformant radicalement l'équilibre entre attaque et défense.

L'attrapé au premier rebond

En 1845, un frappeur pouvait être retiré si un défenseur attrapait la balle en vol ou après un seul rebond au sol. Ce n'est qu'en 1864 que l'attrapé au rebond sur les balles fair a été supprimé, et en 1883 pour les balles foul. Les défenseurs jouaient sans gant à l'époque — attraper une balle frappée en plein vol, à mains nues, était un exploit considérable.

Pas de strikes appelés ni de buts sur balles

Dans le jeu original, un strike ne comptait que si le frappeur s'élançait et ratait. L'arbitre n'appelait pas de strikes sur les lancers dans la zone que le frappeur laissait passer. Le strike appelé (called strike) n'est apparu qu'en 1868. Quant au but sur balles, il n'existait tout simplement pas. Un frappeur pouvait attendre indéfiniment le lancer parfait. La première règle de but sur balles date de 1879 — et il fallait alors 9 balles pour obtenir la première base. Le chiffre actuel de 4 balles n'a été adopté qu'en 1889, après de nombreux ajustements.

La distance entre les bases : 90 pieds ?

Contrairement à la légende, les règles de 1845 ne mentionnent pas explicitement la distance de 90 pieds entre les bases. Elles indiquent que la distance du marbre à la deuxième base est de « 42 pas », et celle de la première à la troisième base de « 42 pas, équidistant ».

Selon la définition du « pas » dans les dictionnaires de l'époque (environ 2,5 pieds), la distance entre les bases aurait été d'environ 74 pieds — significativement moins que les 90 pieds actuels. C'est lors de la convention de 1857 que la distance de 90 pieds a été officiellement adoptée, devenant l'une des constantes les plus durables du sport.

Le premier match

Le premier match officiel sous les règles Knickerbocker a lieu le 19 juin 1846 aux Elysian Fields de Hoboken, dans le New Jersey. Les Knickerbockers affrontent les New York Nine — une équipe composée en grande partie de joueurs d'autres clubs.

Ironie de l'histoire : les inventeurs du jeu perdent 23-1 en seulement 4 manches. Cartwright arbitre le match et impose une amende de 6 cents à tout joueur qui jure — la première pénalité disciplinaire de l'histoire du baseball.

L'héritage

Les règles Knickerbocker n'étaient pas les seules en circulation dans les années 1840-1860. Le Massachusetts Game, une variante du town ball avec des bases à 60 pieds de distance, pas de territoire foul et le soaking toujours autorisé, était populaire en Nouvelle-Angleterre. Le Philadelphia Town Ball avait ses propres spécificités.

Mais ce sont les règles new-yorkaises qui ont prévalu, aidées par la guerre civile et l'influence des clubs de New York. En 1860, même l'Olympic Ball Club de Philadelphie, qui jouait selon ses propres règles depuis 27 ans, adopte les « règles de New York ». Le baseball a trouvé son standard.


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