Le baseball n'a pas été inventé un beau matin par un homme génial dans un champ de l'État de New York. Contrairement au mythe fondateur soigneusement entretenu pendant des décennies, le sport est né lentement, issu d'une famille de jeux de batte et de balle pratiqués en Angleterre et en Europe depuis le Moyen Âge. Son histoire est celle d'une évolution — pas d'une création.
Les ancêtres européens
Le stoolball : le plus ancien ancêtre
Le premier jeu de batte et de balle dont on trouve des traces remonte au XVe siècle (et possiblement au XIe) en Angleterre, dans le Sussex. Le stoolball consistait à lancer une balle vers une cible — un tabouret, un tronc d'arbre ou un banc d'église — tandis qu'un autre joueur la défendait avec sa main, puis avec un objet ressemblant à une batte. Si la balle touchait la cible, le frappeur était éliminé. Sinon, il pouvait courir vers un autre point pour marquer.
Associé aux fêtes de Pâques et aux églises, le stoolball s'est répandu dans les îles britanniques avant de traverser l'Atlantique avec les colons.
Le rounders : le cousin le plus proche
Le rounders, pratiqué en Angleterre et en Irlande dès le XVIe siècle, ressemble beaucoup au baseball moderne. Deux équipes alternent entre l'attaque et la défense. Un lanceur envoie la balle vers un frappeur qui tente de la frapper avec un bâton, puis court autour de bases disposées en losange. Un joueur pouvait être éliminé si la balle était attrapée en vol ou — et c'est une différence cruciale — si un défenseur le touchait en lui lançant la balle dessus pendant qu'il courait entre les bases.
Cette pratique, appelée le soaking ou plugging, était courante et parfois douloureuse. Elle disparaîtra avec les règles modernes du baseball.
Le cricket : l'autre branche de la famille
Le cricket, dont les premières traces remontent au XVIIe siècle, partage un ADN commun avec le baseball : un lanceur, un frappeur, des courses entre des points pour marquer. Mais les deux sports ont évolué dans des directions très différentes — le cricket vers la durée et la patience, le baseball vers la vitesse et l'action concentrée.
L'arrivée en Amérique : le town ball
Un jeu sans règles fixes
Les colons britanniques et irlandais ont amené le rounders en Amérique du Nord. Dans les villes du nord-est des États-Unis, le jeu a pris des formes variées sous le nom générique de town ball (balle de ville). Chaque communauté jouait selon ses propres coutumes : le nombre de joueurs variait de 6 à 20, les bases pouvaient être des pierres, des piquets ou des arbres, et les distances changeaient d'un terrain à l'autre.
Le town ball n'était pas un sport organisé — c'était un divertissement communautaire, joué les après-midis de fin de semaine dans des champs ouverts. On y jouait sous des noms divers : base ball, goal ball, round ball, fetch-catch. L'absence de règles standardisées n'était pas un problème — elle faisait partie du charme.
Les premières traces écrites
La première mention connue du terme « base-ball » en anglais apparaît en 1744 dans un livre pour enfants anglais, A Little Pretty Pocket-Book. En Amérique, une ordonnance de 1791 à Pittsfield, dans le Massachusetts, interdit de jouer au baseball à moins de 25 mètres de la nouvelle salle de réunion — preuve que le jeu était déjà assez populaire pour causer des nuisances.
Dans les années 1820 et 1830, des clubs se forment. L'Olympic Ball Club de Philadelphie, fondé en 1833, est l'un des premiers à se doter d'une constitution. Le Gotham Base Ball Club apparaît à Manhattan en 1837.
Le mythe Doubleday
L'histoire officielle (fausse)
Pendant des décennies, l'Amérique a cru qu'un officier de l'armée nommé Abner Doubleday avait inventé le baseball en 1839 à Cooperstown, dans l'État de New York. Cette version a été promue par une commission d'enquête en 1908, sur la base d'un unique témoignage — une lettre d'un ami d'enfance de Doubleday.
La réalité
Les historiens ont depuis démontré que cette histoire est entièrement fausse. Doubleday n'était même pas à Cooperstown en 1839 — il était inscrit à l'académie militaire de West Point. Il n'a jamais mentionné le baseball dans ses mémoires, et rien dans sa personnalité — décrite comme studieuse et sédentaire — ne suggère un intérêt pour le sport.
Le mythe a survécu parce qu'il servait un objectif : donner au baseball une origine purement américaine, distincte des jeux britanniques. Cooperstown abrite toujours le Temple de la renommée du baseball et le terrain Doubleday Field — monuments à un mythe qui refuse de mourir.
La naissance du baseball moderne : New York, années 1840
Alexander Cartwright et les Knickerbockers
Le véritable tournant se produit à New York au milieu des années 1840. Alexander Joy Cartwright, pompier volontaire, employé de banque et sportif passionné, formalise un ensemble de 20 règles le 23 septembre 1845 pour le Knickerbocker Base Ball Club de New York.
Ces règles — connues sous le nom de règles Knickerbocker — transforment le town ball en un jeu structuré et reconnaissable. Elles établissent les trois retraits par manche, la distinction entre territoire fair et foul, l'obligation de toucher le coureur plutôt que de lui lancer la balle dessus, et la présence d'un arbitre.
Le premier match officiel sous ces règles a lieu le 19 juin 1846 aux Elysian Fields de Hoboken, dans le New Jersey. Les Knickerbockers perdent 23-1 face aux New York Nine. Le baseball moderne vient de naître — dans la défaite de ses propres inventeurs.
La diffusion par la guerre civile
Le baseball se répand d'abord dans les clubs de gentlemen du nord-est. Mais c'est la guerre civile (1861-1865) qui l'exporte dans tout le pays. Les soldats jouent entre les batailles, apprennent les règles new-yorkaises et les rapportent chez eux. En 1865, plus de 100 clubs pratiquent le jeu.
Du loisir au sport national
La professionnalisation
En 1869, les Cincinnati Red Stockings deviennent la première équipe entièrement professionnelle — tous les joueurs sont payés. Le succès est immédiat : ils enchaînent plus de 50 matchs sans défaite. Le modèle professionnel est validé.
La Ligue nationale est fondée en 1876. La Ligue américaine suit en 1901. La première World Series oppose les champions des deux ligues en 1903. Le baseball est devenu un sport organisé, commercial et national.
Le sport national américain
À la fin du XIXe siècle, le baseball est enraciné dans la culture américaine. Il est joué dans chaque ville, chaque école, chaque base militaire. Les journaux couvrent les matchs en détail. Les joueurs deviennent des célébrités. Le baseball n'est plus un jeu — c'est le passe-temps national (national pastime), un titre qu'il conservera pendant plus d'un siècle.
Prochaine lecture suggérée : Les règles originales d'Alexander Cartwright (1845)